Le 20 décembre à La Réunion : histoire, mémoire et héritage

Le 20 décembre à La Réunion : histoire, mémoire et héritage

Le 20 décembre 1848 est un jour gravé dans la mémoire collective des Réunionnais. C’est à cette date que l’abolition de l’esclavage devient effective à La Réunion, plusieurs mois après le décret adopté à Paris le 27 avril 1848. Joseph Napoléon Sarda Garriga, commissaire général de la République envoyé sur l’île, est chargé d’y mettre en application cette décision. Après plus de deux siècles d’esclavage, près de 62 000 personnes deviennent alors juridiquement libres.

L' Abolition de l'Esclavage

Le 20 décembre 1848 est un jour gravé dans la mémoire collective des Réunionnais. C'est la date où Joseph Napoléon Sarda Garriga, envoyé spécial de la République française, a proclamé l'abolition de l'esclavage sur l'île. Cette décision, bien que motivée par des intérêts économiques, a marqué la fin d'un régime oppressif qui avait duré plus de deux siècles.

Sarda Garriga : un héros de l’abolition ?

À La Réunion, Sarda Garriga est souvent présenté comme celui qui a libéré les esclaves le 20 décembre 1848. Pourtant, cette image mérite d’être nuancée. Lorsqu’il arrive sur l’île, l’abolition a déjà été décidée à Paris par le décret du 27 avril 1848 : sa mission est de la mettre en application. S’il refuse aux propriétaires un report supplémentaire de l’abolition, son action vise aussi à préserver l’ordre social et l’économie de plantation. Avant même le 20 décembre, les futurs affranchis sont tenus de prendre un engagement de travail et l’absence de contrat peut conduire à être considéré comme vagabond. Face aux inquiétudes des propriétaires concernant le paiement des salaires, Sarda Garriga réduit également des deux tiers la valeur du mois de travail prévue. Dans sa proclamation du 20 décembre, il associe lui-même la liberté à « l’ordre et au travail ». L’abolition met donc bien fin légalement à l’esclavage, mais elle ne donne pas immédiatement aux anciens esclaves une véritable autonomie économique et sociale.

Le Maloya : une musique de résistance et de mémoire

Né des héritages africains et malgaches des personnes réduites en esclavage à La Réunion, le maloya est bien plus qu’une musique. Chant, danse et rythme se sont transmis et créolisés sur l’île, notamment dans les plantations. Lié au culte des ancêtres et aux rassemblements festifs, le maloya a aussi porté les complaintes et les revendications des esclaves. Certaines de ces pratiques se déroulaient clandestinement, des propriétaires interdisant à leurs esclaves de se réunir et de danser. Après l’abolition, le maloya a continué à transmettre cette mémoire et est devenu au fil du temps un puissant symbole de résistance et d’identité réunionnaise. Depuis 2009, il est inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Les marrons : résister pour vivre libres

Bien avant l’abolition de 1848, des femmes et des hommes réduits en esclavage ont refusé leur condition en prenant la fuite. Appelé marronnage, cet acte constituait l’une des formes les plus directes de résistance au système esclavagiste : quitter l’habitation, rompre avec la servitude et tenter de vivre libre. À La Réunion, certains marrons ont trouvé refuge dans les Hauts, les cirques et les régions les plus difficiles d’accès de l’île, où des groupes ont parfois constitué des camps organisés. Mafate, Cilaos, Salazie, Dimitile ou encore Anchaing : aujourd’hui encore, de nombreux noms inscrits dans les paysages réunionnais témoignent de cette histoire. Le marronnage a traversé toute la période esclavagiste et, à la veille de l’abolition en 1848, les archives recensent encore plusieurs centaines de marrons, dont certains étaient en fuite depuis plus de vingt ans.

 Après l’abolition : libres, mais sous contraintes

Le 20 décembre 1848 met légalement fin à l’esclavage à La Réunion, mais devenir libre ne signifie pas pour autant devenir immédiatement autonome. Les anciens esclaves ne reçoivent ni terres ni indemnisation, contrairement aux anciens propriétaires qui seront indemnisés pour la perte de leur main-d’œuvre servile. Les affranchis sont soumis à un système de travail contraint : ils doivent s’engager comme ouvriers et ceux qui échappent à ce cadre risquent d’être considérés comme vagabonds. Beaucoup quittent néanmoins les plantations, refusant notamment de travailler lorsqu’ils ne sont pas payés.

Dans le même temps, l’économie sucrière cherche une nouvelle main-d’œuvre et développe massivement l’engagisme. Des dizaines de milliers de travailleurs venus notamment d’Inde, d’Afrique et de Madagascar arrivent à La Réunion sous contrat. Juridiquement libres, leurs conditions de recrutement et de travail peuvent cependant être extrêmement contraignantes. Dans certains recrutements africains après l’abolition, des personnes encore esclaves sont même rachetées, affranchies puis engagées pour de longues périodes, une pratique que les historiens décrivent comme très proche de la traite et parfois comme un "esclavage déguisé".

La liberté au-delà du 20 décembre

Le 20 décembre ne célèbre pas seulement la fin légale de l’esclavage à La Réunion. Cette date nous invite aussi à réfléchir à ce que signifie réellement être libre. L’abolition a rendu leur liberté juridique à des milliers de femmes et d’hommes, sans effacer immédiatement les inégalités et les rapports de domination construits pendant plus de deux siècles d’esclavage. Commémorer cette journée, c’est donc se souvenir de celles et ceux qui ont subi ce système, mais aussi de ceux qui lui ont résisté. C’est transmettre leur histoire et comprendre comment cet héritage continue de participer à la construction de l’identité réunionnaise.

Créer pour transmettre

Chez Bi jou MAHABO, la création est aussi une manière de transmettre. Mon histoire, mes origines réunionnaises et les symboles qui ont accompagné mon enfance nourrissent naturellement certaines de mes créations. Le vacoa, le frangipanier, le cauri ou encore la silhouette de La Réunion deviennent alors plus que de simples éléments esthétiques : ils évoquent une culture, des souvenirs et des histoires qui se transmettent. À travers mes bijoux faits main, je souhaite créer ce lien entre ce que nous héritons, ce que nous portons et ce que nous choisissons à notre tour de transmettre.

Le 20 décembre, une mémoire à faire vivre

Commémorer le 20 décembre, c’est se souvenir de celles et ceux qui ont vécu l’esclavage, mais aussi de celles et ceux qui ont résisté, marronné et transmis leur culture malgré l’oppression. C’est regarder cette histoire dans toute sa complexité, sans oublier que la liberté n’a pas été simplement offerte : elle a aussi été désirée, défendue et vécue bien avant 1848 par celles et ceux qui refusaient leur condition.

Mais cette mémoire ne doit pas vivre uniquement le 20 décembre. La transmission se fait tous les jours : dans les histoires que nous racontons à nos enfants, dans les traditions que nous faisons vivre, dans notre langue, notre musique, notre cuisine, nos créations et tout ce qui nous relie à celles et ceux qui nous ont précédés. Connaître notre histoire, c’est aussi pouvoir la transmettre pour qu’elle ne s’efface pas avec le temps.

Gayar Fèt Kaf Nout pèp ! 

 

Sources et références

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